La mamaya à Kankan : une tradition innovée

La mamaya à Kankan : une tradition innovée.

 

En abordant la mamaya dans un contexte historique et culturel , laissons le soin à Lansiné KABA introduire le travail :

« Plus quune pice musicale ou un spectacle dansant , mamaya dont le sens étymologique nous est inconnu symbolisait lambiance de gaieté qui caractérisa les années 1940. Il dénotait la volonté des jeunes de fêter la vie , selon leur goût vestimentaire et musical, mais dans  les normes de la société () . Comme toute grande célébration , le spectacle mamaya supposait un degré daisance . Pour se procurer ces moyens , les membres  des groupes dage des années 1935-1945 sadonnaient à des activités diverses »1

 

Lhistoire de la mamaya remonte à bien dannées dans le passé.  En effet , selon les information véhiculées dans la cité ,  cette danse est dorigine malienne. Elle  a été introduite à Kankan grâce à certains fils du terroir  qui voyageaient sur Bamako capitale de la République du Mali ( de 1936-1937 ) pour le commerce à bord de deux chalands dont Sikasso et Tombouctou, qui nagure naviguaient sur le fleuve Milo , servant de fait , de moyen déchange commercial entre Kankan et Bamako.

 

A propos de ces voyageurs , lhistoire retient quelques noms dont : Laye Sékou BAYO , Madifing KABA , et Nana KABA ( yanaga ) à Banankoroda ; Laye Taliby KOULIBALY, Baba CAMARA ( Yl) , Hawa Saran Mory KABA  Kéréta  Mory KABA à Kabada, Frantoman CAMARA à Timbo.

 

Les sources orales rapportent  quau cours de leurs voyages , par les bons soins de leurs tuteurs , ils ont découvert  sur les lieux de réjouissance : la danse Mamaya quils apprécirent beaucoup. Ils apprirent à la danser et à maîtriser ses pas.

 

Depuis , fait on noté , ils ont nourri le désir de lintroduire dans leur espace culturel de Kankan . Il convient de préciser que lexpérience na pas été aisée à lactuelle place de Sounkoundou loro car les sages avaient estimé  que la mamaya est incompatible avec la culture islamique qui dominait la ville ou disons le clairement qui était fortement enracinée  . Malgré tout , cette génération de voyageurs prit des risques pour sexposer en organisant au sein de la cité : la mamaya. Auparavant , ils ont du offrir aux sages des garanties quant au respect rigoureux des heures de prires , heures au cours desquelles , la musique et la danse   allaient chaque fois connaître une trêve .

 

Leur premier coup  dessai fut un coup de maître . Les initiateurs réussirent à captiver tous les jeunes . Cest ainsi que tous les quatre coins de Kankan sintéressrent à cette nouvelle catégorie de danse . Ce sont les Dandiya qui ont introduit la mamaya à Kankan . Le sr avait pour parrain  Dandjo Youssouf Komara et Sarata Mory KABA . Sidy Mady et son frre Sidy Moussa étaient les musiciens de Dandiya à Timbo parce que Sidy Mady était Dandiya. Lorque la mamaya connut un succs retentissant, leurs jeunes frres de Sr Sandiya sont venus les prier afin quil acceptent quils organisent eux aussi la mamaya . Pour  la fête , les sandiya choisirent pour parrain Bandian Sidimé et Karamo KABA  à Kabada avec laccord bien sur de Karamo Taliby. Sidy Karamo se joignit à certains de ces jeunes frres pour animer la mamaya  des sandiya étant lui même de Sandidya.

 

Donc , grosso modo , les griots choisis pour animer la mamaya étaient les enfants de NFa Sidy : Sidi Mady , Sidy Karamo, et Sidy Moussa . Ils le firent avec talent même sil y avait à lépoque  dautres griots plus  célbres queux tels Moribaken Kanté et Diaraba Kanté.

A propos  Lanciné Kaba donne plus déclairage :

 

« Dans le répertoire mandingue moderne , rares furent les compositions à égaler loriginalité et la popularité de mamaya que NFa Sidy aurait crée et que ses fils ( Sidy Mamady , Sidy Karamo, Sidy Moussa , et Djanka Amo ont popularisé dans les années 1940. Cette composition symbolisa lage dor des groupes dage , en somme la civilisation populaire de Kankan .»1.

 

Il faut rappeler que la mamaya a sérieusement contribué à propulser le nom de NFa Sidy et des enfants au devant de la scne . Quand la mamaya dépassa les limites de Kankan , elle fut reconnue comme la grande réjouissance recréation dans la cité à partir de 1942. Lancéi KOUYATE  et  sa jumelle Filany Saran , une cantatrice  aux grandes prouesses composaient des louanges en lhonneur de chaque groupe qui sortait dans le Bara pour danser.

 

Aujourdhui , la mamaya se développe avec plusieurs formes dassociation  allant dans le sens du développement de la ville . Pour Lansiné KABA : «  loriginalité résidait dans son caractre à la fois conventionnel et moderne , offrant la possibilité  de jouer un instrument de musique et de prétendre à la célébrité sans considération de naissance ou de statut ».

 

Aujourdhui , plus quhier , la mamaya  est prisée par tout le monde à tel enseigne quelle nest plus laffaire des seuls srs évoluant dans la commune . Depuis une décennie lon assiste à un phénomne de résurgence culturelle .  La mamaya  qui y trouve ses bons comptes  est en train de prendre une dimension assez importante insoupçonnée alors . Et ses chansons « fétiches » continuent à rafler la vedette . Elles résistent à lépreuve du temps en nous rappelant la belle époque comme les nostalgiques aiment le dire dans la cité. Citons quelques titres :

   1. Sarata Mory Patron
   2. Madina Sidiki Korok
   3. I ba k ko ko do , Teingb tr a do
   4. Bandian Sidimé Sayat Djon to
   5. Ah! Nkoro sidi Mamadi
   6. Alu do nin nun gagnra
   7. Konkédjan wara wouladjanna
   8. NNnan bara wa ka nto

 

 La jeunesse kankanaise conscient de son rle historique renoue avec cette partie vitale de sa tradition en lui insufflant un nouveau dynamisme . En témoignent le polissage  de la chorégraphie. Mieux , aujourdhui , à lorganisation de la mamaya , les srs qui en sont les promoteurs  , greffent les activités de développement . Cela est en passe de devenir une véritable réussite pour la nouvelle génération  . Ainsi , il est raisonnable de dire que la mamaya est une tradition qui sinnove.

 

Lorsque  la danse et le programme de développement endogne riment ensemble , cela donne raison au proverbe malinké qui dit : « Tolon t sb sa la »  autrement dit le jeu et le sérieux peuvent cohabiter  au même moment.

 

Officiellement cette année , le décanat de la ville de Kankan a confié pour trois ans successifs lorganisation de la mamaya au sr dénommé : Sandiya. Ainsi la place publique ou le bara leur a été cédé par le passage du témoignage du sr Dandya3 à Sandiya 3.

 

Les jeunes du sr Sandiya mettront loccasion à profit au cours de la fête de Tabaski de cette année pour bâtir des uvres dutilité publique à limage de leurs prédécesseurs. Sauf une innovation inattendue,  la mamaya aura lieu durant trois jours ; trois jours au cours desquels des spectacles vont salterner  . La fin de la réjouissance sera sanctionnée par la lecture du saint coran et les bénédictions et sacrifices à la grande mosquée de Kankan .

 

Pour lheure , les préparatifs vont bon train . Les chefs de srs des quatre grandes portes de Kankan à savoir : Timbo, Banankoroda, Kabada et Salamanida  mettent les dernires mains sur les préparatifs avant leur baptême de feu. Chaque membre du sr doit mettre la main à la poche pour les journées festives qui sannoncent trs prometteuses. En attendant , chacun doit faire face à lachat de trois sortes de boubous basins : Bleu ciel , blanc, et violet. Par ces périodes de vache maigre, débourser  cette faramineuse cagnotte pour somptueusement paraître le jour de la mamaya lors de la grande fête de Tabaski devient une véritable casse tête. Mais à cur vaillant , rien nest impossible .

 

Mamadou Kouyaté
 Soriba Kaba

 

1 KABA Lansiné , Cheick Mouhammoud Chérif et son temps, Paris, Présence Africaine, 2004 ,  page 122

1 KABA Lansiné, Cheick Mouhammoud Chérif et son Temps , Paris, Présence Africaine , 2004,  Page 122

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